Pop ? Assurément ! Chez Morgane Cabot, Saskia Waledisch et Marion Leray flotte un doux parfum Girly qui authentifie les amours du trio pour les beaux refrains, les chœurs élégiaques comme pour les ritournelles à effets addictifs garantis…

Le premier EP de SoPoP (sorti en octobre 2014) est le résultat d’une rencontre avec Guillaume et Bertrand Charret du groupe Yules. Séduits par les compositions de Morgane ainsi que par les cordes de Marion et Saskia, les frères participent activement à la confection de cet album éponyme (Guillaume s’occupe des arrangements et produit l’ensemble). SoPoP ouvrira ensuite pour Yules au Café de la Danse, avant d’enchaîner les dates au Bus Palladium, à l’OPA ou au Réservoir… Depuis un an, le trio féminin est accompagné sur scène par le guitariste et batteur JB Astolfi.

Qu’est-ce ainsi que SoPoP ?

En premier lieu, des effluves indie qui, en filigrane, entraînent le projet vers un chant de sirènes bordé de soudains pics nerveux. Pas un hasard, en effet, si Girls in Hawaii et Blonde Redhead font parti des importants émois musicaux de SoPoP : sur les cinq compositions illustrant le premier EP du groupe, l’ambiance se veut parfois mélancolique mais réconfortante, évasive quoi que toujours dans la crainte d’une tension imminente – rock dans l’âme, pop dans le cœur. Du bruit joué silencieusement ; une volonté insurrectionnelle ayant bien conscience qu’il est préférable de laisser respirer les arrangements plutôt que de viser l’adrénaline, le choc tellurique.

Ensuite, des compositions qui laissent entendre des origines liées au patrimoine français et à la soul. Grand amour de Morgane, Saskia et Marion : Barbara. À propos de la chanson « Dis, quand reviendras-tu ? », Saskia parle de « mélodie simple et de paroles aussi belles que mélancoliques ». Une définition qui siérait parfaitement à SoPoP…

Effectivement : quoi de plus juste et poignant que le souhait d’exprimer, avec naturel et simplicité, des sentiments parfois proches du spleen mais toujours empreints d’une rassurante luminosité ? Du coup, l’enveloppe pop n’est ici qu’une marque d’espoir, la volonté de ne jamais flancher pour mieux combattre les idées noires. La plénitude ressentie à l’écoute de SoPoP pourrait s’expliquer par ce délicat nivellement entre chansons bordées de sanglots dignes, de chant libéré et de mélodies fédératrices. Des Beatles aux Smiths en passant par les Go-Betweens, il est toujours plus simple de s’identifier à un groupe lorsque celui-ci chante les aléas quotidiens sur un mode conquérant…

 Last but not least, de par sa formation classique, SoPoP enregistre des tubes joués avec violon et violoncelle. Un souffle inédit traverse ainsi les bouleversants « Tell Me » et « The Devil’s Gone » : comme une fusion parfaite entre la musique de Morgane et les arrangements de Saskia , Marion et Guillaume Charret, SoPoP refuse l’allégeance comme la banale récitation. Un esprit fureteur habite le trio, un besoin de cajoler la pop pour mieux l’expédier vers des contrées fort peu arpentées de nos jours (il faut remonter à Blur pour se rappeler d’un tel alliage entre clarté mélodique et sophistication des cordes).

Et puis il y a « Boy », déjà une chanson étendard… Toute la quintessence de SoPoP exprimée en moins de quatre minutes sous la forme d’un hit adaptable à chaque humeur – revigorant le matin, l’après-midi, le soir ! L’étendue du groupe atteint ici l’évidence de l’intemporalité : message lapidaire (« Boy don’t feel so sorry / I don’t want to waste my time / I don’t trust your smile »), retournement désabusé (« Am I crazy to give up on / A boy who can be perfect to me ? »), chœur à chanter en union solennelle durant les concerts, apport réaliste des cordes, voix souriante…

Jean Thooris

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